La révolte des patrons de Start Up

octobre 4, 2012   ·   0 Comments

Le coup de gueule gagne les chefs d’entreprise, les artisans et de plus en plus de contribuables qui s’estiment matraqués par le projet de loi de finances. La manifestation prévue dimanche est cependant annulée.

«On s’en va.» Jusqu’à présent, la phrase se susurrait en confidence dans les dîners de famille ou sur le divan du fiscaliste. Désormais elle fait florès à la sortie de l’école, chez l’ophtalmo des enfants qu’on verra moins souvent ou sur les forums de discussion. En quelques jours, l’ambiance a changé. La colère affichée sur les murs de Facebook par les «Pigeons» – ces patrons de start-up Internet mobilisés contre le «matraquage fiscal» – a fait voler les inhibitions.

Le malaise apparaît bien plus profond qu’une simple querelle de taux. «La France des patrons, quelle que soit la taille de leur entreprise, qu’ils en soient propriétaires ou salariés, voit le projet de loi de finances 2013 comme un acte de vengeance de ceux qui dirigent l’État ou en vivent!», résume Philippe Villin, banquier d’affaires proche des entrepreneurs. Et Agnès Verdier-Molinié, directrice de la Fondation Ifrap, d’embrayer: «La France qui prend des risques et qui investit son propre argent dans les emplois de demain – au risque de tout perdre – a le sentiment d’être rejetée par une France plus protégée.»

«Dogme anticapitaliste»

Le mouvement des Pigeons est parti comme une traînée de poudre, vendredi, à la suite d’un coup de gueule de Jean-David Chamboredon, président du fonds Isai, ulcéré par la décision du gouvernement de taxer à plus de 60 % les plus-values réalisées à l’occasion d’une cession d’entreprise: «Nous sommes ici dans le dogme anticapitaliste, l’antiéconomique, le “brisage de rêve”, la démotivation quasi sadique, le “je-ne-sais-quoi-qui-donne-la-nausée”», lâche-t-il alors, écœuré de voir que le capital investi dans des entreprises de croissance soit plus taxé que «l’immobilier, l’art ou les placements de père de famille». Dans la foulée, une bande de copains, Carlos, Fabien, Guillaume, commentent l’affaire sur Facebook: «Il faut créer un putain de mouvement protestataire, genre les indignés», imagine Fabien qui trouve le nom: «les Pigeons». En quelques clics, le mouvement «DéfensePigeons» est né, avec l’appui d’un spécialiste d’une agence de marketing viral. Une manifestation, prévue dimanche, a été finalement annulée.

Si la fronde des entrepreneurs du Web fait le buzz sur la Toile, derrière, la masse des patrons de PME, artisans et autres autoentrepreneurs gronde. Car le projet de loi de finances a eu un effet immédiat. «Nous avions 3 opérations de cession ou transmission du capital en cours. Depuis vendredi, tout est suspendu, car avec des prélèvements aussi confiscatoires, cela ne passe plus pour les dirigeants d’entreprise», dénonce Bertrand Rambaud, le président de Siparex, un fonds d’investissement qui accompagne 80 PME et ETI et une centaine de jeunes entreprises. «Depuis vendredi, nous sommes submergés d’appels de la part d’entrepreneurs, qui, après le coup de massue, entendent bien se battre afin de pouvoir continuer à créer de la valeur en France», témoigne Jérémie Jeausserand, avocat fiscaliste chez Scotto & Associés.

À ce stade, ces entrepreneurs ne vont pas gonfler les rangs des Pigeons. Ils préfèrent suivre les chemins traditionnels et faire remonter leur mécontentement à leurs fédérations patronales. «Je reçois de nombreux courriers électroniques de patrons qui sont à la fois découragés et ont un sentiment d’incompréhension», confirme Abdellah Mezziouane, secrétaire général de la CGPME Ile-de-France. En coulisses, et malgré la discrétion du Medef, les associations professionnelles préparent une riposte groupée. «Je souhaite que plusieurs organisations mènent une action concertée pour déposer des amendements. Cette démarche a déjà été faite avec succès dans le passé», milite Christian Poyau, ancien président de CroissancePlus.

Cet alourdissement fiscal fait sourire hors de France: «Cela va faire monter les prix de l’immobilier à Bruxelles», déclarent quelques Belges.


Le manifeste des Pigeons
Nous avons conscience du caractère novateur et dérangeant de notre mouvement et, quitte à surprendre encore plus, sachez que nous ne donnons à nos sympathisants AUCUNE consigne particulière, nous n’avons et n’aurons AUCUNE représentation officielle, AUCUNE appartenance politique, AUCUN porte-parole ou plutôt des milliers. Nous ne recherchons AUCUNE notoriété individuelle. Nous sommes la conséquence de la politique antiéconomique du gouvernement qui a décidé de prendre les milliers d’entrepreneurs de ce pays pour des Pigeons et d’anéantir l’esprit d’entreprendre faisant dès lors courir un risque majeur à la France.

Source : Le Figaro

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